Gorillaz

Damon Albarn est l’une des personnalités les plus talentueuses et les plus atypiques du mouvement musical pop anglais. Tête pensante de Blur, leader charismatique au joli minois, il s’offre avec Gorillaz, une petite récréation artistique…

Damon Albarn est l’une des personnalités les plus talentueuses et les plus atypiques du mouvement musical pop anglais. Tête pensante de Blur, leader charismatique au joli minois, il s’offre avec Gorillaz, ce groupe hétéroclite, qui n’a pas d’existence physique bien définie (voir la pochette, le livret ainsi que le site Internet, véritable monde de B.D, créé de toutes pièces, qui nous fait découvrir les membres du groupe), une petite récréation artistique, redevenant ainsi, le temps d’un disque, ce « Dan Abnormal », qui apparaissait de temps à autres au détour d’une chanson de Blur. Anagramme de son nom, il représente ce qu’est Mr Hyde à Dr Jekyll, une autre facette de son savoir-faire musical, un « Surmoi », débarrassé de toutes les contraintes que peut rencontrer une pop star, attendue au tournant à chaque nouvel album. Cette nouvelle démarche artistique est donc tout à fait louable, Damon Albarn s’amuse et nous invite à nous amuser avec lui.

Le problème est que, si ce groupe est hétéroclite, sa musique l’est tout autant. Faîte de bric et de broc, pratiquant le télescopage comme source d’inspiration, « Gorillaz » contient quand même 16 morceaux. Et là où « Tomorrow comes today » fait mouche, un étrange titre, emprunt de nostalgie et de noirceur, comme du Blur sous acide, là où « Clint Eastwood » casse tout sur son passage, exemple parfait d’un mariage pop-rap-électro, on ne peut pas en dire autant du reste de l’album.

On peut trouver çà et là quelques échappées assez réjouissantes, tel « Sound Check », cet instrumental brinquebalant mais inspiré, sonnant comme le meilleur Beck, « Rock the House » mélangeant cuivres latinos et rap, ou le titre « Latin Simone », avec la voix d’Ibrahim Ferrer, si belle, si mélodieuse qu’aucun morceau avec lui ne peut décemment être raté. Pourtant, on est quelquefois très proche du remplissage, surtout vers la fin du disque. Il faut être un génie du bricolage pour réussir un tel concept, et là où « Odelay » était un grand disque, on ne retient de « Gorillaz » que quelques morceaux (les singles, en fait) et une impression, pas désagréable, d’une immense déconnade entre musicos qui s’éclatent entre eux. Il y manque ce petit supplément d’âme, cette unité, ce liant qui font les grands disques et les grands groupes. Mais qu’importe d’ailleurs, puisque « Gorillaz » n’en est pas vraiment un.

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